PDV Bill
_Bill ! cria mon jumeau lorsqu'il m'aperçut.
_Qu'est ce qu'il t'es arrivé ? poursuivit Gustav, les yeux ronds.
_Whouah, t'as du te prendre une de ces patates, lança Georg avec un sourire goguenard qui s'effaça quand les deux autres le regardèrent.
Sans prêter attention à leur joute verbale, je me tournai vers David d'un air interrogatif. Celui-ci baissa la tête, confus.
_Oh Bill ! Pourquoi t'as ce...
_C'est ma fille.
Notre manager avait coupé la parole de Tom, et toute la compagnie l'observa d'un air supris. Ou ahuri, si on tenait compte de mon frère. Je m'éclaircis la gorge :
_Huum... Tu peux nous en dire plus ?
_Et bien... Les gars, j'ai une fille de presque 17 ans, qui s'appelle Camille. Voilà.
_C'est génial. Mais est ce que quelqu'un est décidé à expliquer à Gustav, Georg et moi ce qu'il se passe. S'il vous plaît, nous interpella Tomi.
_Ce qu'il se passe, c'est que je viens de retrouver ma fille qui était jusqu'à présent dans un orphelinat, qu'on vient de s'engueuler encore une fois, et qu'elle a frappé ton frère parce qu'il fait partie des Tokio Hotel !
_Tout ça en cinq minutes ? Vous êtes des sportifs.
Je lançais un regard lourd de reproche à mon double. Celui-ci me regarda d'un air innocent, et continua :
_Sinon, la version logique, c'est quoi ?
_Tom, ils ont pas l'air de déconner, lui fit remarquer Georg.
Un silence pesant envahit la pièce. David soupira et reprit la parole :
_Lorsque j'avais 16 ans et demi, j'ai rencontré une fille du nom d'Eva, une française. Elle était belle, elle aimait s'amuser, elle puait le fric et la débauche, et pourtant, je suis tombé amoureux d'elle. On a fait le truc le plus vieux du monde. Elle m'a jeté après m'avoir appris qu'elle avait déjà 33 ans. Je n'y croyais pas, elle faisait beaucoup plus jeune. Neuf mois plus tard, un mec de deux mètres vient me voir. Il me dit qu'Eva vient d'accoucher d'une fille qu'elle a appelé Camille. Il prétend être le frère d'Eva, et raconte que celle-ci lui a avoué qu'elle ne connaissait pas le père de cette enfant. Il a donc voulu que je me soumette a des test de paternités.
David reprit son souffle. Nous étions captivés par son récit.
_J'ai appris que j'étais le père. Mais je voulais pas de cette fille, et de toute façon, Eva voulait couper tout les liens possibles avec moi. J'ai quand même insister pour voir cette Camille, de temps en temps. Elle a grandi. Il y a un an, jour pour jour, Eva est morte d'un accident de voiture. Ma... fille, est allée dans un orphelinat. Je m'y étais attachée, et j'ai voulu qu'elle finisse son adolescence avec moi. J'ai fait une demande, et les démarches nécessaires pour qu'elle vienne ici en Allemagne. Mais ça a pris beaucoup de temps, les services administratifs n'étaient pas vraiment disposés à la laisser partir avec moi, bref, cela ne fait que trois semaines qu'elle vit avec moi.
_Attends, attends, stop. Laisse nous deux minutes de répit le temps d'assimiler tout ça, coupa Tom.
Après une pause, il poursuivit :
_Hum... C'est que maintenant que tu nous en parles ? Je comprend que ce soit difficile, mais t'aurais pas pu... Aie ! s'interronpit-il lorsque Georg lui donna un coup de coude.
J'adressai à David un regard pour l'inciter à continuer son récit.
_Donc... A présent, elle vit avec moi. Je comptais vous la présenter dans quelques jours, le seul problême, c'est que c'est légerèment tendu, dit-il en insistant sur le "légèrement". Aujourdh'ui, je lui avais promis de l'emmener sur la tombe de sa mère, puisque cela fait un an qu'elle est morte. On devait partir ce matin, par train. Hier, j'ai dormi à l'hotel, avec une jeune femme que je venais de rencontrer, et il était convenu que je retrouve Camille à 7h à la gare. Nous irions à Paris au cimetière, puis serions de retour ce soir. Mais on a beaucoup de travail ces temps-ci, les gars. Et j'ai oublié. Camille prétend m'avoir attendu deux heures. Elle fait encore toute une histoire pour une gaminerie. Et voilà, pour ne pas me faire culpabiliser, je rejette la faute sur elle. Mais quel c*n !
Je lui jetai un regard compatissant, et posai ma main sur son épaule.
_Désolé qu'elle t'ait frappé si violemment.
_Pas grave. Je me trompe, ou elle considère que les Tokio Hotel lui "pique", pour reprendre son expression, son père ?
_Effectivement... Excusez-moi de vous mêler à ça. Au fait... vous allez devoir faire connaissance avec elle... Parce qu'à partir de maintenant, elle partira en tournée avec nous...
_Attends, nan mais je rêve ! cria Tomi d'une voix aigue. Cette fille se ramène, mine de rien, elle te met de mauvaise humeur, après c'est sur nous que ça va tomber, elle frappe mon frère, et toi tu nous annonces d'un air innocent qu'on va devoir se la taper pendant la tournée ?! Désolé, je prends pas.
_Tom, c'est pas vraiment grave qu'elle m'ait tapé. Elle doit être super jalouse de nous, son père passe tout son temps avec nous, alors je la comprend. D'aileurs, je vais aller la voir. Faut qu'on commence à s'habituer à elle apparement.
_Bill, tu rigoles ?! Tu vas pas aller voir cette folle quand même ! T'imagines elle te re-tape ?! Non, non, non, je ne suis pas d'accord. D'une, je t'interdis de retourner vers cette malade, de deux, je veux pas d'elle dans mon bus.
_Tom, je te rappelle que tu parles de ma fille, alors j'aimerais qu'à l'avenir, tu l'appelles autrement. Et ensuite, je ne te laisse pas le choix.
Nous laissant totalement abasourdis, notre manager sortit de la pièce.
_Hum... Je vous laisse, j'ai quelques accords de basse à revoir, murmura Georg, indécis quant à la conduite à tenir.
_Et moi, j'ai besoin d'une bonne tasse de café, renchérit Gustav.
Ils nous quittèrent à leur tour.
_Alors, tu vas laisser ton adorable frère jumeau seul devant les dangers de ce monde ou tu vas voir cette malade, pardon, la fille de notre manager adoré en laissant ton adorable frère jumeau seul devant les dangers de ce monde ?
_Tom, sois gentil avec elle. Peut-être que tu l'adoreras le jour où tu feras sa rencontre.
_Permets moi d'en douter.
_Tom... J'vais la voir.
_En tout cas, moi, je l'aime pas. Elle t'a tapé !
Le laissant ruminer ces pensées vengeresses, je sortis de la salle, et commençai à chercher la demoiselle. Suivant une intuition soudaine, je me dirigeai vers le toit.
Elle était assise sur les tuiles, l'air perdue. David nous avait dit que sa mère était belle. Si elle se ressemblait, j'aurai opté pour le mot "magnifique". Bref, je n'étais pas là pour ça.
Je m'installai sans aucune gêne à côté d'elle. Et attendit. Pendant quinze bonnes minutes, nous restâmes là à contempler le ciel. Elle m'adressai par moment un regard fugitif. Je me mis à chantonner machinalement. Arrivé au deuxième refrain, Camille chanta avec moi, d'une toute petite voix, presque imperceptible. Je posai enfin les yeux sur elle, elle détourna le regard en rougissant, ce qui me surprit. Je ne l'aurai jamais imaginé rougir, elle semblait si forte - et à la fois si fragile. Elle se tut. Je fis de même.
Un ange passa. Et soudainement, elle se jetta dans mes bras en pleurant.
Premier chapitre. C'est bizarre de se dire ça. J'attend vos impressions avec impatience :)
Bisous <3
C.